Discours de Monsieur I’Ambassadeur
Philippe Etienne, à l’occasion de la réception en l’honneur
des amicales de Ravensbrück et de Sachsenhausen. Berlin, le 20 avril 2017.

Cher Roger Bordage (Président du Comité international de Sachsenhausen, ancien déporté), chère Mireille Cadiou (Présidente de l’amicale d’Oranienburg­ Sachsenhausen) chère Claude du Granrut (Présidente de la SFAADIR - Société des Familles et Amis des Anciennes Déportées et Internées de la Résistance), chère Françoise Marchelidon (gestionnaire des voyages pour l’Amicale de Ravensbrück ), cher Monsieur Dmitrieff, chère Madame Fleury, cher Monsieur Suillerot, chère Madame Vincensini, chers membres des Amicales.

C’est un honneur pour moi et notre ministre­ conseiller de vous revoir à l’Ambassade de France, à l’occasion de ce rendez- vous annuel qui nous tient à cœur. Ce moment important est celui de l’hommage aux victimes de la barbarie nazie ; c’est celui du souvenir collectif, de la réflexion que nous devons mener pour tracer une ligne entre le passé et l’avenir. Je vous félicite et vous remercie d’associer les jeunes Français à votre action, et Je salue chaleureusement le groupe de jeunes venus de toute la Corse présents ce soir à l’ambassade.

Chers anciens déportés, vous avez été les témoins d’une horreur extrême. Dans les heures les plus graves de la déshumanisation, vous avez également vécu, avec vos compagnons d’épreuve, la fraternité humaine. Vous avez été et vous restez les témoins, les porte-parole d’une histoire, mais cette histoire, les générations suivantes en ont hérité, et continuent à la recevoir en partage. En tant que représentant de la République française en Allemagne, j’aimerais vous dire combien votre témoignage est important pour la France, pour l’Europe et pour l’humanité. De nombreux volontaires, conscients de cet enjeu, s’engagent dans les comités internationaux, les fondations, les associations. Eux aussi méritent notre gratitude, et la reconnaissance de la nation.

Je me réjouis aussi qu’un budget particulier ait été consacré à l’aménagement du mémorial de Ravensbrück. Pour entretenir et transmettre la flamme du souvenir, pour que jamais ne puissent être ignorés ces événements terribles, pour que toutes les leçons en soient tirées pour le présent et pour l’avenir, la mémoire doit être organisée, présentée, rendue visible. C’est le sens aussi du travail, important, des historiens et des autorités qu’il faut aussi souligner et honorer.

Car notre devoir à tous, c’est de ne jamais oublier. A l’heure où la guerre, la terreur, se manifestent à nouveau aux portes de l’Europe, à l’heure aussi où l’intolérance et la xénophobie montent à nouveau dans nos sociétés, vos témoignages ont plus que jamais une valeur capitale. Il faut, sans relâche, répéter que commémoration de cette période de notre histoire n’est pas uniquement tournée vers le passé mais qu’elle doit éclairer notre avenir.

La dénonciation des crimes nazis prend tout son sens si elle alimente le combat d’aujourd’hui contre tous les signes qui rejoignent d’une manière ou d’une autre cette idéologie criminelle.

Comme l’a dit le grand intellectuel et résistant Jankélévitch, Je cite : « les morts dépendent entièrement de notre fidélité ». La première fidélité à ceux avec qui nous rendons hommage consiste à faire preuve de vigilance, de courage, de détermination, pour qu’ils ne soient pas tombés en vain.

Chers amis,

Votre présence nous rappelle pourquoi l’Europe s’est construite au lendemain de l’apocalypse.

Déporté à Buchenwald, Pierre Sudreau disait qu’il était( devenu européens dans les camps précisément là où l’abomination s’était produite, au cœur de notre continent, la paix devait être installée et l’union des Nations qui s’étaient fait la guerre devait se réaliser.

Ce devoir de construire un monde meilleur en Europe, là où le pire a été possible, pour que de la souffrance puisse naître l’espérance, est aussi actuel aujourd’hui qu’hier.

Le courage des survivants permit aux Allemands et aux Français de transformer une hostilité séculaire en amitié profonde, pour faire avance l’Europe et présenter au monde un modèle d’humanité.
Puissions-nous, portés par ces mêmes valeurs, continuer à faire de l’Europe ce modèle de paix, de liberté et d’entente entre les peuples. C’est le vœu que nous pouvons certainement former ensemble dans cette année décisive pour nos deux pays

Merci de votre attention