Guy Ducos (né en 1923), opérateur radio dans l'aviation, est arrêté le 16/04/1943. Il arrive le 10/05/1943 à Sachsenhausen (N°66486). A Heinkel, il travaille au hall 2 (ou 3?), Kolonne 5 à taper sur des tôles pendant des semaines pour plier des tôles d'aluminium. «Heinkel, c'était un Kommando pas trop dangereux... mais j'y perdais des kilos. Il y avait une balance pour peser les tôles. Je crois bien que c'était Bordage qui était à la bascule...Mon Vorarbeiter c'était un vert au camp, un sale individu parce qu'il poussait des types qui ne lui plaisaient pas près de la toupie ou de la scie à ruban, pour provoquer des accidents...Moi j'en ai pris des coups de crosse ou de botte de la part des vorarbeiter et des SS ». Les sévices, la nourriture, le froid, la fatigue, la maladie tout était difficile à vivre: Les sélections étaient également dures : «vous étiez sur la place d'appel, sur les rangs, il y avait des gens qui vous comptaient et pof cela coupe là, ceux qui sont à gauche vont partir à tel endroit et ceux qui sont à droite vont faire autre chose; c'est d'ailleurs comme ça que j'ai connu Chataigné ».

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KOMMANDO KLINKER

Guy Ducos pense que son transfert est justifié par l'étude pseudo-scientifique disant qu'un détenu ne pouvait vivre que 9 mois compte tenu des calories absorbées. " A Klinker, ce qui était spécial, c'est qu'on travaillait directement pour les SS...On s'est trouvé dans les moins mauvais blocks... au block 6 en même temps que Chataigné....le chef de block était de Dantzig, un gars très sympathique. En janvier 1945, un nouveau block 11 en dur fut construit pour la fonderie. Ils voulaient faire tourner la fonderie nuit et jour avec des équipes égales de jour et de nuit." Guy Ducos a été affecté au port des poches fusion, puis au démoulage des grenades. «On les transportait dans des brouettes mécaniques à l'entrée de la fonderie où était coulé dans la poussière et la fumée de la fonte à 2000°. On avait compris qu'en démoulant très vite les grenades on avait de grandes chances de les déformer ... On a même eu le droit à un petit supplément de nourriture tellement on travaillait rapidement». Puis Guy Ducos conduisit un pont roulant de la fonderie (15-20 t) avec des grandes roues qui passaient sur des rails en hauteur: « je conduisais depuis le sol, je tirais sur des chaînes.» Il y avait aussi les gens qui extrayaient la glaise; c'était dangereux car personne ne les secourait quand ils tombaient dans un trou de boue, le Vorarbeit avait seulement le souci de relever leur numéro.

Et puis toujours les sélections: « à l'hiver 1945 ils nous font tous alignés. On voit arriver des SS et des types de la Schreibstube, des gars en uniformes rayés mais bien coupés, faisant partie de la hiérarchie du camp. Devant il y avait Edmund, il passait devant les gens, regardait les types et disait: du ..du (toi...toi); le type derrière prenait les numéros. Tous les types qui ont été repérés ont disparu dans un transport ou ont été liquidés dans le camp, je n'en sais rien »

Le 10 avril 1945, les avions alliés bombardent l'industrie de guerre de Klinker pendant plusieurs heures avec des vagues successives. « Il y avait partout des types blessés à mort, des types à moitié écrasés qui hurlaient comme des chiens, des types qu'on n'est jamais allés chercher , c'était impossible...sans doute le mot maman devait être prononcé dans toutes les langues ». Les survivants ont été rassemblés, dirigés vers le grand camp et entassés dans des blocks.

 

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