A la mémoire de notre Père, Gilbert Thiéry, ce récit écrit de sa main, à son retour de déportation.
Témoigner selon sa volonté, c’est aussi passer le témoin aux jeunes générations pour que jamais ne s’efface la mémoire de ceux qui ont combattu et souffert dans cet enfer des camps.

Notre père longtemps s’est étonné d’être revenu de l’enfer de la déportation, alors que tant de malheureux y ont laissé, dans des circonstances épouvantables, leur vie ou leur raison. Il eut conscience qu’il devait témoigner de l’indicible afin que jamais ne puissent se reproduire les évènements relatés dans le récit qui suit. Il devait assurément témoigner aussi pour tenter de se libérer des souvenirs qui l’accablaient.

Qu’il ait pu résister à la torture, à la faim, aux privations de toutes sortes, à la maladie, que son esprit ait pu rester sain en dépit des atrocités auxquelles il a assisté, le tourmentait souvent, plus encore vers la fin de son existence. Il a longtemps éprouvé un sentiment qui s’apparentait à de la culpabilité. Mais en retrouvant les notes qu’il consignait dans un bloc, nous avons compris, mon frère et moi-même ainsi que ses proches et ceux qui l’avaient connu, que les conditions de vie qui furent les siennes pendant les années de son enfance ont généré en lui les forces physiques et mentales qui l’ont fait « résistant » dans toute l’étendue de ce terme.

Il nous a paru important de porter à la connaissance du lecteur ce que nous avons découvert, ce que nous ignorions ou dont nous avions perdu le souvenir, pour aider à la compréhension de cette volonté qui lui a permis de survivre. Pour cette raison, nous avons, sans trahir sa mémoire, décidé de revenir sur les jeunes années qui ont forgé son caractère.

Un livre qui retrace la vie de Gilbert Thiéry «  Pourquoi en suis-je revenu, moi ? »