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La méditerranée ne pourrait-elle être la métaphore de notre condition humaine, faite de souffrance mais aussi de beauté, de fraternité et d'espoir ?

La méditerranée peut être solaire ou fracassée. Solaire, elle le fut au douzième siècle. Nous oublions souvent la pluralité de nos héritages. Nous privilégions la composante gréco-romaine et nous oublions Al-Andalous et Jérusalem. Averroès, né à Cordoue sur une rive et mort à Marrakech, sur l'autre rive, a fait connaître Aristote. "Le livre des égarés" de Maïmonide, médecin, philosophe, juif, est écrit en arabe. Ce sont des artisans "mudejar" qui ont décoré des églises chrétiennes...

Solaire encore plus près de nous, la méditerranée le fut dans les années trente. Face à une méditerranée fasciste, le noyau dur d'une méditerranée résistante se forma sur les deux rives, à Marseille et à Alger, dans la librairie d'Edmond Charlot "les vraies richesses"... Comment alors ne pas évoquer Camus et "l'odeur des absinthes, la mer cuirassée d'argent, le ciel bleu écru" ? ou l'oeuvre humaniste en Algérie de Germaine Tillion, de 1957 à 1962 et après ?

A partir de 1956, à une méditerranée solaire, succède une méditerranée fracassée. 1956, c'est Suez. Avant il y eu Sétif le 8 mai 1945... et la suite... Fracassée, la méditerranée l'est encore aujourd'hui. Avec l'affirmation des nationalismes, la mer est devenue la mer des noyés, "la mort méditerranée" comme l'a dit le pape François. Oui la méditerranée est devenue "un cimetière marin", le contraire de celui de Paul Valéry, mais trois enfants sont nés sur "l'Aquarius", ce bateau qui a déjà sauvé dix mille migrants.....

Le "noir" n'est que la face cachée du "bleu", ce "bleu" menacé par une idéologie destructrice de l'espèce humaine, une idéologie contre laquelle, dans toute l'Europe, des hommes et des femmes, les Résistants, se sont dressés... Ils nous disent encore qu'il est interdit de désespérer...

Huguette Balny