ALLOCUTIONS AUX MONUMENTS DES 50 OTAGES - 21 Septembre 2018

 

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Il est impossible d'évoquer la répression nazie et les 50 otages de Nantes sans évoquer les otages du camp Choisel à Châteaubriant.
La création de la catégorie particulière de prisonniers politiques appelée otage est une décision politique commune du gouvernement de Vichy et des forces d'occupation nazies.
Dès juin 1941, Pierre Pucheu, ministre de l'intérieur du gouvernement de Vichy, ordonne le regroupement de personnalités communistes au camp Choisel à Châteaubriant, personnalités communistes arrêtées pour leur appartenance politique ou pour actes de résistance.
En août 1941, à la suite de l'attentat du métro Barbès à Paris perpétré par Pierre Georges, plus connu sous le nom de colonel Fabien, les occupants hitlériens décident que chaque attentat contre l'armée allemande aura pour représailles l'exécution d'otages.
Le 20 octobre 1941, le lieutenant-colonel Hotz, commandant de la place de Nantes, est abattu par 3 jeunes résistants : Gilbert Brustlein, membre de l'Organisation Spéciale, Marcel Bourdarias, des bataillons de la jeunesse et Spartaco Guisco, vétéran des brigades internationales.

 

Dépôt de la gerbe de l'Amicale devant le Monument des 50 Otages


Hitler exige alors, dès le lendemain, l'exécution de 100 otages : 50 otages à Nantes et 50 otages à Bordeaux.
Alors que les autorités pensent désolidariser la population des résistants, le mythe de l'occupant « respectable » ainsi que l'image « paternelle » du vainqueur de Verdun s'effondrent.
Finalement, le 22 octobre, 16 otages emprisonnés à Nantes sont fusillés au site du Bêle, 27 détenus du camp Choisel sont fusillés à la sablière de Châteaubriant et 5 résistants nantais sont fusillés au Mont-Valérien.
Ces actes barbares suscitent une énorme émotion en France et ont un retentissement mondial suite à la protestation de plusieurs chefs d’État étrangers dont le président américain Franklin Roosevelt et le premier ministre britannique Winston Churchill.
Face à l’atrocité de ces exécutions, le Général de Gaulle fait de Nantes la première ville « Compagnon de la Libération » par décret du 11 novembre 1941.
En septembre 1944, il sera établi d'une façon certaine qu'une liste de soixante communistes déclarés dangereux a été remise par Pucheu à Von Stülpnagel, alors gouverneur militaire de la France occupée et que les 20 otages choisis pour être fusillés à Nantes ont été désignés directement par la Gestapo.
Il est donc évident que les otages de Nantes furent exécutés au nom de leurs convictions.
Les nazis savent que l'exécution massive d'otages ne fait qu'attiser l'hostilité à leur égard. Himmler entreprend alors de modifier sa politique de répression : il fait savoir à la Gestapo que « la seule force de dissuasion possible est soit la peine de mort, soit une mesure qui laissera la famille et le reste de la population dans l'incertitude quant au sort réservé au criminel » : c'est la déportation vers les camps de concentration nazis.
Il faut nous souvenir que les gouvernements sont prompts à réprimer leurs oppositions politiques, sans condamnation internationale audible et effective, avec le soutien de certaines puissances économiques.

 

Cela commence par l'arrestation des cadres des organisations politiques et syndicales puis par des
persécutions et cela se termine par l'élimination systématique.
Ainsi, souvenons-nous, à titre d'exemple, de l'Indonésie de Soeharto ou du Chili de Pinochet.
Aujourd'hui, dans le monde, des hommes continuent à mourir pour leurs convictions.
Dans nos pays dits démocratiques, où nous pensons être épargnés, prenons garde à ces gouvernements, relais objectifs du monde financier, qui s'attachent, par une communication habile et une propagande intensive, à aliéner les capacités d'esprit critique des citoyens afin d'annihiler toute opposition politique ou tout projet d'une société alternative.
Veillons jalousement à notre liberté de pensée et à notre capacité d'exercer notre libre-arbitre, dans un monde que l'on nous construit toujours plus homogène.
Commémorer les 50 otages, c'est aussi se rappeler que d'avoir ces libertés ne suffit pas, il est nécessaire d'exercer effectivement ses convictions et de résister à toute tentation de résignation.

Jean François Mélat petit-fils de Clédat Léon (Pierre)
Déporté à Sachsenhausen, Kommand Falkensee , matricule 84255