ALLOCUTION AU CHAMP DE TIR DE BÊLE – 22 septembre 2018

Mesdames Messieurs, Chers Amis, Chers congressistes.

Ici plus de 80 personnes ont été fusillées par le pouvoir nazi.
Le 30 août 1941, Marin Poirier, cheminot, est le premier résistant nantais à tomber sous les balles de l’occupant au champ de tir du Bêle. En octobre 1941, 16 des 50 otages y trouvent la mort.
Les nazis voulaient terroriser la population, mais la répression massive et violente a provoqué une recrudescence des actes de sabotage.
A la fin de 1942 plus de 140 résistants communistes sont arrêtés en Loire-Inférieure. Car n'oublions pas que dès juillet 1940, le préfet ne perd pas une minute pour transmettre à ses services l'ordre de surveiller particulièrement les communistes et les « extrémistes espagnols ».
Ainsi, début 1943 aura lieu le « procès des 42 » qui condamnera à morts 37 d'entre eux qui sont exécutés en ce lieu les 29 janvier, 13 février et 7 mai 1943.Les cinq derniers ont été déportés.
Trois d’entre eux sont revenus.
Ils étaient accusés «d’être des francs tireurs communistes ».
C'étaient des résistants aguerris, membres de l’OS - l’Organisation spéciale créée par le PCF, puis des FTP (Francs Tireurs et Partisans). Beaucoup étaient très jeunes et la plupart étaient des ouvriers. Parmi eux se trouvaient ce groupe de 5 espagnols de Doulon et de Blain :

Après le dépôt des gerbes, minute de recueillement

 

Rendons hommage à Benedicto Blanco Dobarro, 25 ans, Basilio Blasco Martin, 22 ans, Alfredo Gomez Ollero, 37 ans, Ernesto Prieto Hidalgo, 24 ans Miguel Sanchez Tolosa, 22 ans.
Ces Républicains espagnols, comme beaucoup de leurs camarades qui s’engagèrent dans la Résistance contre le fascisme hitlérien sur le sol de France, ont vécu la Retirada, chassés de leur pays au lendemain du renversement de la République espagnole pour se retrouver, aux côtés de leurs camarades français devant le peloton d'exécution le 13 février 1943.
Le procès a un retentissement important à l'époque. Il est suivi par la presse collaborationniste française : les nazis veulent en effet frapper les esprits et espèrent faire peur à la population, mais c'est l'inverse qui s'est produit : cela a révolté les gens et de plus en plus de Français sont rentrés dans la Résistance à la suite. D'ailleurs, à l'été 43 le "procès des 16" à Nantes se déroulera dans la plus grande discrétion et s’achèvera par 15 condamnations à mort : 11 résistants sont fusillés au champ de Bêle le 25 août 1943.
Ne l’oublions jamais : les résistants ne combattaient pas seulement le nazisme, ils préparaient aussi la société future, celle des « Jours heureux ».
Pensons aux paroles de Pierre Sémard, fusillé le 7 mars 1942 à Evreux, qui, lors de son passage à Nantes au Congrès Syndical de 1938, insistent sur l'union nécessaire pour :
« sauvegarder les libertés acquises et le progrès social ».
Seul moyen pour lui d'« empêcher et [de] briser toute agression fasciste qu'elle soit de l'intérieur ou de l'extérieur ».
Ces phrases prononcées, il y a tout juste 80 ans, sont actuelles et doivent nous interpeller !
Il a payé de sa vie ses convictions et l'Histoire lui donnera raison. A la Libération, l’application de mesures tirées du programme du Conseil National de la Résistance a donné naissance au modèle social français. Cette avancée nous la devons aux femmes et aux hommes de courage qui, au péril de leur vie, dans la période la plus sombre de notre histoire, ont combattu l’ignoble et rendu possible cette révolution sociale. A l’heure de la libéralisation outrancière, notre modèle social humaniste, issu des conquêtes de la libération et fruit des luttes citoyennes, est remis méthodiquement en cause sur l'injonction des classes politiques et financières dominantes. Sa destruction engendre toujours plus de misère et d'inégalités, favorisant la montée de l'idéologie fasciste.
Quant à l'idéal de paix, nos dirigeants multiplient les zones de guerre, oubliant les populations civiles martyrisées.
Devant ces pratiques il est important de se souvenir de ce que disait Lucie Aubrac :
« Le verbe Résister doit toujours se conjuguer au présent ».


Mélat-Clédat Marie Claude, fille de déporté de Sachso (Clédat Léon -Pierre 84255)