Discours à l'occasion de la réception de l'Amicale française des anciens déportés de Sachsenhausen par

Madame Anne-Marie DESCOTES, Ambassadrice de France en Allemagne

Chère Madame CADIOU, [Mireille CADIOU, Présidente de l’amicale de Sachsenhausen]

Chère Monsieur LASSAGUE, [André LASSAGUE, Secrétaire général de l’amicale de Sachsenhausen]

Chers membres de l’Amicale de Sachsenhausen,

Mesdames et Messieurs,

 

Je suis particulièrement heureuse et honorée de vous retrouver aujourd’hui à Berlin après cette longue et douloureuse période de séparation qui nous a été imposée par la crise sanitaire.
Je vous remercie très sincèrement d’avoir fait le déplacement jusqu’à Berlin, en dépit des difficultés conjoncturelles persistantes, afin d’honorer la mémoire des déportés et des internés du camp de concentration de Sachsenhausen et de ses Kommandos, et de partager avec nous vos réflexions les plus actuelles.
Deux ans après votre dernière venue en Allemagne, il était particulièrement important pour notre Ambassade de vous inviter dans le but d’honorer votre action, de vous écouter et d’envisager ensemble les futures perspectives de coopération que nous dessinons depuis de nombreuses années déjà.
Vous savez, Chère Madame CADIOU, cher Monsieur LASSAGUE, que vous pouvez compter sur mon soutien fidèle ainsi que sur l’accompagnement étroit des services de cette Ambassade, lesquels coopèrent avec confiance avec les mémoriaux de Berlin et du Brandebourg. Monsieur Emmanuel COHET, Ministre Conseiller de l’Ambassade de France, vous a rappelé hier, lors de la commémoration dédiée aux victimes des exécutions du 11 octobre 1944, tout notre soutien, ainsi que notre reconnaissance.
Je souhaiterais ce soir avoir une pensée particulière pour MM. SUILLEROT et DMITRIEFF, que j’ai eu le grand privilège de rencontrer en 2018 et 2019. Je sais qu’ils se portent bien pour leurs âges, sans être toutefois en mesure d’effectuer un voyage éprouvant, ce qui est parfaitement compréhensible.
Nous devons beaucoup à la clairvoyance de leur discours et à la constance de leur engagement, à la modernité de leur message tournée vers l’amitié franco-allemande et le rapprochement entre les populations européennes, sans esprit de revanche, sans ressentiment mais toujours avec la volonté de bâtir, de comprendre et de transmettre.
Pour la première fois depuis sa création, l’Amicale de Sachsenhausen se déplace en Allemagne sans ses anciens déportés.
C’est donc le moment je crois, de remercier très sincèrement les grands témoins pour leur œuvre de réconciliation, pour leur inlassable travail de transmission notamment auprès des jeunes générations, mais aussi pour leur engagement en faveur de la consolidation de nos démocraties face aux dangers du révisionnisme, du nationalisme, du racisme ou de l’antisémitisme.
Si les anciens déportés sont aujourd’hui, à cause de la fuite du temps, de moins en moins présents, leurs voix ne s’éteindront pas pour autant. Au contraire, le travail de mémoire demeurera, à l’avenir, j’en suis persuadée, fondé sur le récit des témoins.
Il nous appartient ainsi d’inventer de nouvelles formes de transmission ainsi que des outils pédagogiques adaptés à notre temps, afin que la parole des témoins reste vive et actuelle, afin que leurs voix continuent de résonner dans les écoles, dans les musées, au sein des mémoriaux et plus largement dans l’espace public.
Le travail de mémoire est nécessairement un effort transgénérationnel. Il a donc vocation à être pérennisé et sans cesse actualisé.
Au sein des associations et des amicales, ce sont les filles et fils de déportés qui ont pris le relais depuis de nombreuses années déjà. En organisant une vie associative intense et des voyages historiques, en soutenant des publications et des expositions, en cultivant des relations internationales riches et amicales, notamment vers l’Allemagne, en vous engageant à votre tour auprès de la jeunesse avec une constance infaillible, vous faites plus que porter l’héritage de vos parents et de vos grands parents : vous créez et nourrissez une nouvelle culture mémorielle tournée vers l’avenir, fondée sur la compréhension mutuelle, et ancrée dans l’espace public.
Comme nous avions pu le constater au sein même de cette Ambassade lors d’un échange très fertile que vous avez eu au printemps 2019 avec des jeunes venus de la région Occitanie, l’effort de sensibilisation que vous soutenez est d’une importance inestimable, car il rend compte d’une expérience transgénérationnelle, de traumatismes dont on hérite, mais également d’une puissance de résilience et de reconstruction porteuse d’espoir et d’optimisme.
Vous nous enseignez en outre que le travail de mémoire ne supporte aucune trêve, alors que la falsification de l’histoire et le complotisme gagnent du terrain.
C’est la raison pour laquelle notre Ambassade a tenu, au cours des deux dernières années et en dépit des nécessaires restrictions imposées par la crise sanitaire, à œuvrer sans relâche en faveur d’un renforcement du travail de mémoire entendu comme le socle de l’amitié franco-allemand.
Nos services ont par exemple organisé plusieurs conférences virtuelles avec des anciens déportés, tels Raphael ESRAIL ou Esther SENOT. Nous avons également soutenu le programme #everynamecounts porté par les Archives de Bad Arolsen, formidable projet visant à sauver de l’oubli le nom et le parcours des victimes du national-socialisme en Europe. Ces noms et ces visages ont été projetés en janvier 2021 sur la façade de notre Ambassade dans le cadre d’une installation multimédia sans précédent qui a obtenu une grande reconnaissance.
J’ai également tenu, dès que les conditions sanitaires le permettaient, à me rendre sur plusieurs lieux de mémoire comme la prison de Plötzsensee à Berlin ou au mémorial du « Bois de Below » dédié aux « Marches de la Mort », visite bouleversante au cours de laquelle je souhaitais vous représenter sur place afin d’assurer une forme de continuité, alors que votre pèlerinage était, en avril dernier, exceptionnellement impossible.
Notre Ambassade a enfin tissé un partenariat étroit avec le Mémorial de la Maison de la Conférence de Wannsee, que vous venez de visiter cet après-midi. L’exposition « Gurs 1940 » a ainsi été inaugurée au sein de notre Ambassade au printemps dernier, en coopération avec le mémorial de Wannsee. Elle circule désormais dans l’espace culturel franco-allemand qui est plus que jamais traversé par le thème mémoriel.
Permettez-moi, chère Madame CADIOU, de citer en conclusion l’un de vos discours prononcés ici-même en 2019 : « Le travail de mémoire n’est jamais achevé », disiez-vous, « l’acharnement des déportés à transmettre s’explique par la force d’un engagement qui ne tolère ni l’érosion de l’âge ni les difficultés de la vie ».
C’est inspiré par votre action et votre œuvre de vigilance que notre Ambassade s’engagera à vos côtés, en dépit des difficultés passagères, à poursuivre l’œuvre exemplaire de vos aïeux.

Je vous remercie de votre attention.