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HOMMAGE A

GEORGES DUROU

Cher Geo,

C’est par ce diminutif que l’on aimait s’adresser à toi, signe d’une profonde tendresse et d’amitié que tu nous rendais si bien. Ton regard ne souffrait d’aucune ambiguïté.
Nous sommes aujourd’hui, autour de toi, ta famille, tes amis, tes camarades de combat, qui, par l’érosion du temps, pour beaucoup, nous quittent peu à peu.
1943, c’est l’époque de la trahison. Pétain et ses sbires entament une politique de collaboration avec l’occupant nazi. Tu seras initié à la vie politique très tôt grâce aux conversations que ton Père tenait à ta Mère autour de la table familiale. Il relatait souvent à la maison les discussions tenues lors des réunions politiques et en particulier celles concernant la montée des fascismes en Europe.
Ton premier combat sera certainement un des plus difficiles, un gamin qui n’a pas 16 ans en février 1940. ! Puis ce sera le début d’une lutte contre le pouvoir en place aux ordres de l’occupant.
Ta volonté de faire de la résistance n’est pas sans risque. Un paquet de tracts, parvenu à un camarade des Jeunesses Communistes de Bègles fera l’objet de recherches. Aura- t-il des paroles imprudentes chez un coiffeur ? en tout état de cause, tu es recherché par la police et c’est au commissariat de Bègles que tu es interrogé du 21 au 23 février 1940 par l’inspecteur Lafargue de la brigade spéciale du tristement célèbre commissaire Poinsot.
Tu supportes de moins en moins ton enfermement ; tu souhaites t’évader pour rejoindre la Résistance. Après trois tentatives tu seras fiché à la Préfecture avec cette précision « Durou Georges a tenté de s’évader le 3 août 1942 » ce qui te reconduira à nouveau au Fort du Hâ.
Le 19 janvier 1943 c’est à nouveau un départ dont la destination sera Compiègne Royallieu. Le 23 janvier c’est dans des wagons à bestiaux que l’on vous fait monter pour une destination toujours inconnue. Ce sera le camp de Concentration de Sachsenhausen.
Comme tous, tu deviendras un Stück dont le nom n’est plus, mais remplacé par un numéro matricule, tu porteras le N° 58523.
Comme environ 3 000 Français tu seras affecté au Kommando Heinkel au hall 3 puis le Kommando Speer. Et ce fut Klinker, Kommando disciplinaire.
Tu seras surtout au cours de ces 27 mois, l’un des membres de l’organisation clandestine menant des actions de sabotage. Tu feras partie du « Triangle » responsable de la solidarité, distribuant, -au péril de ta vie- une tranche de pain « mise de côté », pour ceux dont vous sentiez les forces se briser, tranche de pain attribuée durant une semaine. Chaque dimanche soir vous vous réunissiez pour faire le point. Ces dimanches soirs étaient les plus douloureux pour vous. Il y en avait pour lesquels il n’y avait plus rien à faire, ceux que l’on appelait les « Musulmans ». Vous viviez votre démarche comme criminelle. Un soir, Pierre Gouffault fut parmi les quatre que vous aviez sélectionnés après de nombreuses réflexions. Vous aviez décelé chez lui une volonté de se battre, un moral ne demandant qu’une branche pour s’accrocher. Dans l’hommage que tu lui as rendu il y a 10 ans déjà, tu lui dis « Je n’oublierai jamais le regard de Pierrot lorsque je lui ai apporté sa première tranche de pain. Oui c‘était l’espoir…la vie que je lui apportais. Quelle joie pour nous de constater son rétablissement, son moral rayonnant, sa volonté de vivre… Il était sauvé … Et quelle satisfaction avons-nous éprouvée lorsqu’ il a demandé de faire partie de l’organisation clandestine ».

A la libération, la vie va reprendre ses droits. Ton esprit militant est resté intact avec le devoir de témoigner : comment raconter l’indicible ? Après quelques temps, tu adhères dans les Associations de Déportés, à la FNDIRP ainsi qu’à l’Amicale de Sachsenhausen. Tu feras connaissance de ton camarade de misère, comme tu le décris dans ton livre « Mes printemps de barbelés » Guy Chataigné avec qui vous ferez en commun vos témoignages dans les Collèges et Lycées. Démarches indispensables promises aux camarades assassinés au camp.
A l’Amicale, tout d’abord adhérent, tu viendras rejoindre le Conseil d’Administration avec d’autres Bordelais : Guy Chataigné, Guy Ducos et Jacques Grébol. Lorsque les générations des enfants a émis le souhait d’apporter leur contribution au sein de l’Amicale, certains Déportés étaient interrogatifs. Nous sommes en 1995 la discussion est ouverte, Dès le début nous avions le soutien de Guy Chataigné et le TIEN, cher Geo, ainsi que celui de Roger Guérin. Notre reconnaissance reste encore aujourd’hui indéfectible et nous continuons à porter votre mémoire vers les générations futures.
A la suite du décès du Président Maurice Pellan, ancien Cheminot, en 2011, tu prendras sa succession jusqu’en 2013. Pendant ces deux années tu as été un Président à l’écoute, répondant avec réflexion et conviction aux questions posées. Jamais de conflits majeurs car tu savais attirer l’attention, convaincre par tes paroles constructives et apaisantes.
Jamais tu n’as eu de cesse de lutter contre les inégalités, ta détermination de militant à défendre la paix, pour un monde plus fraternel et libre. Toute ta vie tu seras au service des plus démunis.

Cher Geo, je ne te dirai pas adieu, car c’est le début de l’oubli, mais simplement au revoir.

L’Amicale te fait part, Chère Jeanne, de ses plus vifs regrets et vous entoure, ainsi que toute la famille, de sa sympathie devant la douleur de la disparition de l’être cher et permettez-nous de partager votre peine.

 

André LASSAGUE Secrétaire Général