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Préservation de la mémoire Du Bois de Below

Pour être de ceux qui ont séjourné au Bois de Below, du 26 au 29 avril 1945, je suis très attaché à la préservation de la mémoire de ces lieux et apprécie les réalisations opérées par Todesmarch Museum. Cela explique mon souci de voir respecter la vérité historique de ce Bois.Lors des derniers pèlerinages auxquels j'ai participé il m'a été donné de fournir des explications aux jeunes pèlerins et répondre à leurs questions.

Le 29 avril dernier, j'ai observé une consolidation apportée aux deux ou trois abris de branchages que l'on rencontre dans le Bois et qui sont censés avoir été construits et utilisés par les déportés. Ces installations n'ont jamais existé lors du passage des déportés au Bois de Below. Purement imaginaires, elles sont probablement nées, à partir des meilleures intentions, dans l'esprit des jeunes Allemands qui, au fil du temps, se sont attachés, de façon méritoire, à maintenir le sous-bois en état. Sans doute, ont-ils supposé que les déportés avaient cherché à se protéger des intempéries et du froid en confectionnant de tels abris.

En 1999, la section de la Gironde de l'Amicale a recueilli, à la demande d'un jeune professeur d'histoire-géo, les témoignages de 9 camarades dont 5 sont passés par le Bois de Below. Il s'agit de : André Castets 66619 - Guy Chataigné 58067- Guy Ducos 66486 - Georges Durou - 58532 - Gilbert Noaille 66448

Aucun de ces témoignages ne fait état de l'existence des abris en cause. Le seul moyen de trouver une protection - bien précaire d'ailleurs - était de tendre une ou deux couvertures nouées entre deux grandes branches fichées en terre et légèrement inclinées, ou, plus difficilement, de disposer les couvertures sur un faîte constitué d'une branche assez longue.

On trouvera ci-joint un des dessins que j'ai fait, de fraîche mémoire, quatre mois après mon retour. Il fait apparaître deux de ces abris de fortune qui furent très rares en raison de la rapide disparition des branches mortes tombées. Celles-ci étaient surtout utilisées pour faire du feu (se chauffer, cuire des patates rapinées et celles distribuées le 27 avril à raison de deux par homme).

On observera que les cahutes actuellement présentes dans le Bois sont constituées de branches robustes et serrées, résultant de récents élagages. Les feuilles mortes dont ces abris sont recouverts, en couches épaisses, ne se rencontraient plus dans le sous-bois en fin avril. De plus, des excavations ont été creusées dans le sol, à la base de ces abris, sans doute pour simuler une protection supplémentaire que les déportés auraient ainsi recherchée. Il tombe sous le sens qu'une telle excavation n'aurait été qu'un réceptacle pour l'eau de pluie, rendant les lieux intenables. Enfin, les déportés n'avaient ni les outils ni la force de creuser ces cuvettes en admettant qu'ils aient risqué d'en voir l'utilité.

Ces installations surréalistes doivent disparaître et leurs excavations comblées.

Considérant qu'il est de notre devoir de veiller à la stricte historicité des lieux de mémoire, de ne tolérer aucune " verrues ", même si elles sont le fruit d'une généreuse imagination,
.je demande que les démarches nécessaires soient entreprises à cet effet auprès du Mémorial de Sachsenhausen et du Musée de la " Marche de la Mort de Below ".

Guy Chataigné 58067