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Hommage à LULU

Lucienne GOUFFAULT, née Lucienne Lenepveu, voit le jour le 19 décembre 1928 à Paris dans le 20ème arrondissement.

Sa santé difficile va façonner toute son enfance. Sa scolarité ne commencera qu’à l’âge de dix ans. Sa première satisfaction fut d’obtenir le certificat d’études primaire lors de sa quatorzième année. Sa scolarité se poursuivra pour sa progression et atteindra une nouvelle étape avec la réussite au brevet élémentaire, elle aura alors dix-sept ans.
Lulu envisage sa vie future et rêve de devenir infirmière. Malheureusement la période n’est pas favorable au sein de la famille et elle sera dans l’obligation de rentrer dans la vie active.

C’est en 1949 qu’elle fait ses premiers pas dans le monde du travail. La société Marcel Dentzer, importante entreprise de mécanique générale à Montreuil, l’engagera comme employée de bureau.
Dans cette entreprise Lulu va faire la connaissance d’une personne avec qui elle échange de plus en plus et découvre un Ancien Déporté qui lui fait part de son parcours de résistance en région parisienne et sa vie en camp de concentration.
Le récit entendu donnera une orientation dans la nouvelle vie de Lucienne, la défense des valeurs républicaines et du combat contre toute forme de racisme.
Des liens forts se tissent entre la secrétaire de bureau et son nouvel interlocuteur journalier. Puis avec celui pour qui elle a eu de l’affection après ses récits, arrivent des sentiments pour partager une même vie, elle épousera Pierre Gouffault le 19 mai 1951 à Aulnay-sous-Bois, qu’elle appellera affectueusement « Mon Pierrot ».

En 1955, c’est le premier Pèlerinage au camp de Sachsenhausen, où Lulu va accompagner son mari et rencontrer les Déportés, de toutes les Nations, qui étaient détenus. Cette première visite donnera lieu à un chemin déterminant pour son militantisme dans les Associations de Résistants, Déportés, d’où sa réflexion

« J’ai reçu le choc émotionnel qui a provoqué l’engagement de toute ma vie »

En 1967, elle prend la décision de démissionner de son travail où elle occupait le poste de Secrétaire de direction bilingue, pour désormais ne se consacrer qu’au monde de la Déportation.
Dans un premier temps elle s’engagera dans l’Association départementale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes de la Seine-Saint-Denis.
En 1976, Pierre Gouffault est licencié, alors qu’il occupe la fonction de Directeur du Personnel, dans la société Dentzer, pour raison économique.
Une nouvelle orientation sera donnée dans la vie de Lulu et Pierre. Ils vont ensemble se consacrer en premier lieu à l’Amicale de Sachsenhausen, mais également donner de leur temps aux Associations du monde de la Déportation.

Chaque année, en dehors du travail de secrétariat que Lucienne assume, il faut organiser le Pèlerinage en avril et le Congrès en septembre. Ces événements prennent un temps important et la participation de bénévoles, adhérents de l’Amicale, est nécessaire pour mener à bien ces activités. Pendant des décennies Lulu sera aux côtés de son Pierrot pour assumer ce travail prenant et ô combien nécessaire pour l’entente et la convivialité qui anime l’Amicale.

Le 20 décembre 2009, le Secrétaire général Pierre Gouffault mais aussi Président du Comité International, pendant 10 ans, nous quittera après une longue période de paralysie. Lulu, malgré son chagrin, poursuit son engagement pour l’Amicale, en précisant ses convictions : « je dois continuer c’est ma fidélité à Mon Pierrot ».

En 2010, Lucienne représentera l’Amicale Française au Comité International de Sachsenhausen en tant que Vice-Présidente. Lors du Congrès de Tourcoing, en 2013, elle sera élue Présidente de l’Amicale, jusqu’en 2015 où elle deviendra Présidente Honoraire. En avril 2016 Lulu sera nommée Vice-Présidente Honoraire au Comité International de Sachsenhausen.
Au-delà du bénévolat, c’est surtout son dévouement que la République lui a reconnu. Le 10 mars 2007 c’est avec beaucoup d’amitié et d’émotion, entourée de sa Famille et de la Famille de Sachso, que Monsieur Gérard Pruvost, conseiller honoraire des Affaires étrangères, a promu officiellement

 

Entourée de sa famille et de la famille de Sachso, c'est Monsieur Gérard Pruvost, Conseiller Honoraire des Affaires Etrangères, qui a promu officiellement Madame Lucienne Gouffault.

Officier dans l’Ordre National du Mérite

 

Notre Lulu vient de nous quitter, après de longues difficultés de santé, le 29 avril 2020. Maintenant elle a rejoint son « Pierrot » pour être définitivement auprès de lui.


HOMMAGE à ma Tata LULU

Ces quelques lignes pour rendre un hommage tout particulier à ma tata LULU, un hommage plein d’affection car je l’aimais profondément et elle me le rendait bien à moi, à mon Christian, à nos enfants et surtout à nos petites-filles Fanny et Mélissa qui ont été bouleversées par sa disparition.

A Paris en 1950, ma tata Lulu m’a connue à 2 ans et elle s’est très vite attachée à moi. N’ayant pas eu d’enfant et moi-même étant « bercée » dès mon plus jeune âge par le monde de la Déportation, nous étions très souvent réunies ; comment aurais-je pu éviter d’entrer dans ce monde avec mon papa Roger, mon tonton Pélo et mon pépé maternel républicain espagnol, tous les trois déportés ? Lors de sa venue pour vivre à Brive avec tonton, en 1983, nos liens se sont faits encore plus puissants et nous avions la chance de nous voir très souvent. J’ai toujours été proche de ma tata Lulu car la Déportation et le travail de mémoire nous réunissaient fréquemment. En 2009, revenue vivre à Paris au décès de mon tonton, elle a eu beaucoup de mal à supporter son absence. Pendant quelques années, son bénévolat à l’amicale lui a aidé à supporter son deuil. Malheureusement, l’âge aidant et malgré la présence dévouée d’Augustine son auxiliaire de vie, sa santé s’est dégradée et c’est avec beaucoup de souffrances qu’elle a vécu les dernières années de sa vie, une vie exemplaire et bien remplie.

Elle a consacré son existence à la Déportation et elle a donné sans compter pour sauvegarder la mémoire de ceux qui ne sont pas revenus mais aussi pour sa deuxième famille qu’était pour elle l’Amicale de Sachsenhausen. Je salue et je remercie ici l’amicale de lui avoir fait l’honneur de la gratifier des postes de Présidente puis de Présidente honoraire. Elle a œuvré pour que nos déportés ne tombent pas dans l’oubli et que les valeurs républicaines puissent être respectées afin que nous vivions dans un monde de paix et de liberté.

Le 29 avril dernier ma tata s’est éteinte à Paris et le 02 mai, nous l’avons accompagnée à sa dernière demeure à Malemort-sur-Corrèze où elle repose au côté de « son Pierrot », mon cher tonton. Compte tenu du contexte sanitaire de confinement, seule sa famille la plus proche a pu assister à ses obsèques. Décorée au grade d’Officier dans l’Ordre National du Mérite, le drapeau français recouvrait son cercueil et Christian lui présentait les honneurs avec le drapeau des déportés de la Corrèze. Nous savons combien ses nombreux amis ont regretté de ne pas pouvoir lui rendre un dernier hommage mais je sais que vous ne l’oublierez pas et que vous garderez les meilleurs souvenirs dans vos pensées. Enormément d’amis communs français et allemands m’ont envoyé des messages de soutien mêlés de tristesse et d’amitié, je les remercie infiniment et je leur exprime toute ma gratitude et mon amicale reconnaissance.

A toi ma Tata, comme je te l’écrivais si souvent : « Je t’aime de tout mon cœur ». Je ne t’oublierai jamais. Ta Rosette.

Rosette Rigon-Gouffault.